11/11/2005
Psychiatrisation et normalisation du transsexualisme
Si la psychiatrisation du phénomène de dysphorie de genre a bien un inconvénient premier, c'est de rendre plus difficile et inquiétante l'appréhension du grand public. En même temps, je comprends qu'il faille à un instant T justifier de la légitimité médicale d'une prise en charge de soins. Pour ma part, j'ai assez mal vécu le fait de me retrouver classé dans les victimes de pathologies mentales. Quand j'étais ado, enfermé dans ma prison de chair, j'ai bien cru parfois devenir fou : j'avais l'impression de dérailler complètement comme si j'étais perdu dans un trou noir sans repères, sans endroit ni envers, sans limite et sans issue. Un jour (je devais avoir 17 ans) je me suis pointé chez un psy (encore !) de moi-même (encore !) et je lui ai confié que j'étais en train de devenir fou. Il m'a répondu : "si vous pensez être fou, c'est que vous ne l'êtes pas : les fous n'ont pas conscience qu'ils le sont." Je ne vous cache pas que ça m'a soulagé et rien que pour ça j'étais content de ma démarche, même si ce psy s'est révélé être totalement hermétique à l'expression de ma souffrance (encore !). Alors quand 8 ans plus tard, je me suis retrouvé patient d'un service de psychiatrie, côtoyant des gens "bizarres" sur les bancs de la salle d'attente, je ne vais pas dire que je me sentais enjoué. J'avais l'impression que c'était un peu comme si l'adolescence refaisait surface, et je me demandais quel regard porter sur moi-même finalement. Depuis, je me suis détaché de tout ça : je ne laisse plus les autres me définir, je sais qui je suis.
Il faut bien reconnaître que la psychiatrisation a, en contrepartie, eu le mérite de donner une reconnaissance (même un peu tronquée) et un semblant de légitimité médico-sociale aux transsexuel(le)s. Cela dit, on dirait que personne, une fois encore, n'a essayé de penser les choses intelligemment. Du coup, il n'y a aucun vrais protocoles : c'est du bidouillage individuel tant du côté des patients que des médecins, publics comme privés. Et si les choses commencent à prendre forme et les réseaux à se tisser, tout reste assez flou, et surtout rien n'est réfléchis en concertation avec la communauté concernée sur tout ce qui est protocoles de parcours. Alors certains paient dans le privé, pendant que d'autres s'embourbent dans le protocole des équipes officielles. Et je trouve que ces équipes ont le défaut de véhiculer des discours très normatifs sur le parcours de transsexualisme : un vrai parcours FtM, c'est le suivi psy, puis l'hormonothérapie, puis l'hystérectomie, puis la phalloplastie. Les médecins ne se posent pas la question des attentes des patients. Certains n'ont pas forcément envie d'aller jusqu'au bout, ou préfère opter pour d'autres type d'opérations moins risquées. Perso, j'ai dit à ma psy que je n'envisageais pas la dernière opération pour le moment car j'estime que c'est une opération très lourde chirurgicalement, très risquée en matière de complications et incertaine sur les résultats post-op. Étant au stade du changement d'état civil, je lui ai demandé une attestation de suivi pour mon dossier juridique. Quand je l'ai reçue et que je l'ai lue, j'y ai vu notifié que j'étais sur la liste d'attente pour une phalloplastie. Hein ? Je ne sais pas si c'est un stratagème de ma psy pour faciliter ma demande d'état civil, mais ça veut bien dire ce que ça veut dire, dans tous les cas ! Il serait extrêmement dangereux que le parcours transsexuel soit formaté et normé car cela irait à l'encontre des droits du patient à choisir son parcours de soins. Le meilleur moyen de trouver des solutions à une meilleure prise en charge serait de mettre autour de la même table l'ensemble des acteurs (médecins, sécurité sociale, juristes, ministres, représentants associatifs) pour trouver un consensus, mais cela se fera-t-il sérieusement un jour ? Les pouvoirs publics entendront-ils, à un moment donné, qu'il y a une réelle problématique collective derrière nos situations individuelles, qui nécessitent une préoccupation de la collectivité ?
20:10 Publié dans Trans'Identités - Différences | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

Commentaires
hum il existe un "protocole officiel en france " et le standart of care suivi par énormément de chirurgien ..
Ecrit par : stef-ftm-gay | 13/02/2006
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