12/11/2005
Intégration sociale et lois : violation de vie privée.
J'ai décidé de faire mon parcours de transsexualisme peu avant d'intégrer mon emploi actuel : les choses se sont posées comme ça malgré moi, et le résultat est mitigé. J'ai signé un contrat de travail à mon état civil de naissance (féminin donc) alors que je m'affirmais déjà comme MONSIEUR Angelyto dans ma vie sociale, et notamment auprès de mes amis. Très vite j'ai ressenti le besoin de fait mon "coming-out" au travail : vu que j'étais avec des collègues récents, je me suis dit que ça me permettrait d'anticiper un peu et d'éviter d'étaler ma vie privée par la suite à des nouveaux venus ou à des partenaires professionnels extérieurs. Mais il n'y a aucune jurisprudence dans la collectivité qui m'emploie, et outre le fait que je n'ai pas trouvé d'interlocuteur administratif ou juridique valable, j'avais une hiérarchie de très mauvaise volonté qui m'a interdit de me faire appeler par un autre prénom que celui de mon état de naissance, ce pendant 1 an et demi. C'est au cours d'un changement de hiérarchie que j'ai eu la chance de pouvoir accéder à ma requête d'appellation, grâce à une dame provisoirement devenue ma chef de service qui étais beaucoup plus tolérante et compréhensive, et qui m'a donné une autorisation tacite mais inconditionnelle. Malheureusement, ça n'empêcha pas que je dus l'annoncer et m'expliquer auprès de mes partenaires professionnels (étaler ma vie privée en somme) et je m'en serais bien passé. Ce sentiment, c'est bien celui qui me marque le plus par rapport à cette histoire d'état civil et de papiers d'identité : le sentiment de ne pas avoir le droit à une vie privée, de devoir constamment dévoiler quelque chose qui n'appartient qu'à moi. Et c'est trop souvent le cas, car l'identité administrative est une réalité transversale aux domaines de la vie quotidienne. Bien sûr, je trouve toujours des stratagèmes pour m'éviter les situations pénibles, mais c'est terriblement pesant. Aujourd'hui, je pourrais faire mon changement d'état civil, mais il faut encore que je trouve les financements : on n'est pas des vaches à lait, là aussi ! :<
Je veux bien comprendre les préoccupations du corps juridique et civile quant à nous accorder le changement d'état civil : il y a quand même des réalités du système qui sont justifiées. Mais entre le moment où l'on commence le parcours psy avec le "real life test" (en gros l'obligation des "coming-out"), et celui où l'on accède à l'opération chirurgicale considérée comme "castration" par la justice française et nous donnant le droit au changement d'état civil, il s'en passe du temps : un an pour les plus chanceux, trois voir quatre pour les moins chanceux. C'est absurde dans la vie d'un(e) transsexuel(le) : on passe tout le temps de la transition dans un paradoxe d'identités qui est éprouvant et participe directement, malgré nous, à la violation de notre vie privée et la non garantie de notre intégrité morale.
Je pense qu'avec un peu de bonne volonté, une solution qui satisfasse tous les acteurs en cause, peut-être trouvée : une possibilité de papiers temporaires (une carte d'identité à durée de validité de 2 ans par exemple), obtenus sur attestation d'un suivi psy d'un an et preuve du démarrage d'une hormonothérapie. Serait mentionné sur la carte d'identité le nouveau prénom du patient à la place de l'ancien, et resterait intact le sigle du sexe. C'est ce qu'on appelle juridiquement "le changement de prénom par intérêt légitime" me direz-vous. Sauf que pour ça aussi, il faut payer des frais d'avocat tortueux, ce qui ne change pas le fait de devoir repayer pour le changement d'état civil final ! Côté administratif, ça représenterait trois fois rien à mettre en place : il suffirait pour les pouvoirs publics de produire et d'inclure un formulaire spécifique au dossier de demande de carte d'identité, et qui permettrait un traitement adapté du dossier. Derrière ils informent le personnel des bureaux d'état civil et autres acteurs concernés (par note de service par exemple ou Intranet) : et le tour est joué, le protocole est en place et tout le monde sait comment le gérer. Pour les papiers de Sécu, on pourrait nous attribuer des cartes avec temporairement un 3 en premier chiffre et le nouveau prénom du patient à la place de l'ancien : une demande devrait être faite pareillement par le patient avec les mêmes attestations auprès de son bureau de sécurité sociale. Ce sont des idées lancées en l'air. J'en ai plein d'autres, si seulement elles pouvaient donner une issue consensuelle à ce problème… C'est vrai que certaines équipes dites "officielles" prennent déjà en considération cette problématique de l'état civil mais elles sont rares, et ça ne change rien au problème pour ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas aller dans les équipes. L'idée c'est de bâtir un protocole d'accord qui garantisse le respect des choix du patient en terme de prise en charge médicale, et non pas qui soit un argument de plus pour "ghettoïser" la prise en charge en "équipes officielles" qui doit rester une possibilité parmi tant d'autres.
Parfois, je me dis que je devrais faire de la politique ! Mdr
20:00 Publié dans Trans'Identités - Différences | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Politique

Commentaires
Toute les belles idées en politiques finissent par être engloutient dans le système. Et pour durée il faut changer.
Ce qu'il faudrait que tu fasse c'est du droit ou que tu passe un quelquonque autre diplome donnant de la valeur à ta parole et proposé un ou des projets de loi. ça prendra sûrement du temps mais en aboutissement je suis sûr que ça ferait avancé beaucoup de choses.
Ecrit par : Matias | 22/12/2005
bonjour,
J'ai un doute pour le seul changement du prénom , je m'explique : mon prénom de naissance est StéphanE ..
l'on me dit "il" mais quand je dois montrer mes papiers avec le "F" ..le Stéphan..(m'étant contenté enlevé ce E )devient je ne sais par quel miracle : "Stéphanie "..prénom que je n'ai même jamais porté ..des imbéciles il y en a partout ...
...galére oui cette histoire de papiers ...
Ecrit par : stef-ftm-gay | 13/02/2006
Bonjour, je crois que l'important c'était que tu fasses ce blog, la preuve en est que je l'ai lu. Ce n'est pas comme à mes début de parcours en 1998... Aujourd'hui pas encore terminé. Courage.Claire
Ecrit par : Claire | 16/06/2006
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