30/10/2006
Prisonnier de mon fichu prénom de naissance
Dans une note précédente, j'évoquais le problème des délais de changement d'état civil pour les personnes en situation de transexualisme, et des répercussions que cela avait sur la préservation de la vie privée (catégorie "Trans'identités"). Aujourd'hui, j'ai un exemple trés concret à vous confier. Un exemple, une frustration, une déception, encore !
Jusque là, quoiqu'ayant réussi à me construire une vie professionnelle intéressante, il faut bien reconnaitre que mon fardeau de dysphorie de genre et la nécessité de mon parcours de transexualisme m'ont empêché de construire la vie que je veux vraiment, celle qui sera garante de mon épanouissement. Je me retrouve donc professionnel de la communication et du management, alors que j'ai toujours voulu faire une carrière artistique.
Suite à mon parcours médical, j'ai retrouvé à la fois l'esperance et l'envie de me construire enfin un avenir qui me ressemble : c'est pourquoi je suis aujourd'hui en quête de me faire repérer par des professionnels du monde du spectacle. Vous pourriez vous interroger de savoir pourquoi je ne passe pas tout simplement par une école à vocation "professionnalisante", au moins dans un premier temps ? Et bien, en fait, c'est une idée que je n'abandonne pas dans l'absolu mais c'est trés compliqué dans la mesure où j'ai dépassé l'âge recquis pour les écoles publiques, et que je n'ai pas le moyens de me payer une école privée. D'aprés les dires de ma conseillère, l'ANPE ne peux rien faire pour moi. Alors je patauge...
Je me suis présenté, ce matin, à un casting artistique ouvert au grand public. A l'entrée, on nous a distribué un document à remplir et remettre à l'inscription, qui est en fait un contrat de cession de droit et qui stipule :
"Je donne mon autorisation à titre gracieux pour que mes nom, prénom, surnom, pseudonyme, mon image, ma voix et les autres attributs de ma personnalité puissent être captés, ...., et communiqués au public selon les modes d'exploitation prévus." Plus bas, il est également spécifié : "...tout élément biographique me concernant, communiqués à l'occasion de ma participation, puissent être utilisés par la production".
Seulement voilà, même si j'avais pu me faire inscrire sous mon nouveau prénom masculin, je ne pouvais faire autrement que de communiquer mes papiers qui sont toujours porteurs de mon ancien état civil. Ce qui veut dire en gros, que si j'avais signé ce document et passé le casting, non seulement la production était en droit de révéler aux spectateurs ma transexualité mais en plus, elle était aussi en droit de révéler mon prénom de naissance, féminin donc !
Révéler ma transexualité, j'en ai pas spécialement envie : je n'ai pas l'objectif dans ma vie de m'afficher en tant que transexuel et d'en revendiquer une fierté quelconque. En même temps, je ne suis pas complètement naïf : je sais trés bien que si je fais une carrière artistique qui marche, un jour ou l'autre, ma particularité sera révélée par un idiot x ou y en mal de sensationnel ou de scoop. Qui plus est, je n'ai pas honte de ce que je suis et je l'assume totalement, donc j'étais prêt à prendre ce risque.
Mais que l'on révèle mon prénom de naissance : ça c'est hors de question. Cela peut paraître insignifiant vu de l'extérieur mais pour moi, c'est tout bonnement inconcevable : je l'ai porté durant 28 ans comme un boulet ce prénom, et je ne veux plus jamais l'entendre dans la bouche de qui que ce soit. Ce risque là, je n'étais pas prêt à le prendre. J'ai renoncé au casting et je suis rentré chez moi extrêmement déçu.
Croire que je vais lâcher l'affaire serait mal me connaître, surtout que ma prof de chant m'a affirmé que j'avais de trés bonnes chances d'être sélectionné : il y a un casting de la même boite de production à Paris, début décembre. Je vais joindre le siège de la boite par téléphone d'ici là pour expliquer ma situation et leur demander un engagement écrit (une clause spécifique) à ne pas révéler ces éléments là de ma biographie. Je ne me fais pas beaucoup d'illusion mais je n'ai rien à perdre à essayer. Si j'obtiens un engagement de leur part, je m'inscris à la session de Paris.
Toujours est-il que pour en revenir au sujet de fond (mon changement d'état civil), je n'ai de cesse de penser que je ne serais pas obligé de toujours tout calculer et de devoir renoncer constamment à ce qui me tient à coeur, si l'Etat et la justice française faisaient preuve d'un peu plus de compréhension et d'intelligence vis à vis du transexualisme.
Pour vous donner des éléments concrets qui vous permettront de vous faire une idée : mon avocat a déposé une requête en changement d'état civil fin JANVIER 2006. La requête a été enregistrée début JUILLET 2006. Je viens d'apprendre que nous avons une audience avec le juge MI-DECEMBRE. De là, plusieurs possibilités :
1) le juge valide la requête et prononce le jugement définitif : j'aurais donc l'arrêté du jugement d'ici MARS 2007 suite à quoi il me faudra encore facilement deux mois pour faire changer mes papiers auprés des différentes administrations (mairie, sécu...)
2) le juge peut estimer la nécessité d'une seconde audience ou d'une expertise médicale (un médecin m'examine pour vérifier que les chirurgiens n'ont pas menti sur leurs attestations et que je suis bien opéré : et moi, c'te connerie, ça me couterait 600 euros de plus !). Ces démarches aurait alors lieu entre FEVRIER et AVRIL 2007 : j'aurais mes nouveaux papiers au minimum en SEPTEMBRE 2007 !
Mon avocat m'a d'ors et déjà annoncé que je risquais, compte tenu des lenteurs administratives, de n'avoir (au mieux) mon jugement définitif que d'ici MAI/JUIN 2007. Autrement dit, il se sera écoulé au minimum 1 AN ET DEMI, avant que la procédure soit bouclée et que je puisse enfin avoir mes nouveaux papiers en adéquation avec ma nouvelle identité physique visible des autres depuis déjà juin 2005.
1 an et demi MINIMUM pour qu'un juge lise un dossier et dise oui (ou non...) : c'est pas surréaliste ça ? Et en attendant, ma vie, mes projets sont en suspens. Mais pas grave, c'est pas leur vie, c'est pas leurs projets à eux ! Alors pourquoi ils devraient se demander si j'en souffre ? Si NOUS en souffrons...
En conclusion : M...E à ce système ! Voilà ! Vous l'aurez bien compris, immédiatement tout de suite, je suis en colère !
11:55 Publié dans Trans'Identités - Différences | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

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