21/12/2005

Réflexion sur la discrimination

J’entends souvent les homosexuel(le)s dénoncer la discrimination des hétérosexuel(le)s à leur encontre. A contrario, j’entends les hétéros taxer les homos d’être les premiers à être intolérants à leur égard. Ne parlons pas des bisexuel(le)s qui sont communément considéré(e)s comme des personnes qui ne savent pas ce qu’elles veulent, éternelles insatisfaites et instables…Et en bonus, les homos comme les hétéros comme les bis font de la discrimination à l’égard des trans. Je prends comme exemple la discrimination sexuelle et de genre parce que c’est la plus évidente d’après mon vécu, mais la réalité est la même dans toutes les communautés quelques soient les critères de comparaison. Côté ethnique pour ne citer que cet exemple universel, les blancs sont constamment accusés de racisme, notamment par les marrons et les noirs. Les blancs rétorquent que les marrons ou les noirs sont encore plus racistes vis à vis d’eux. Et quand vous demandez aux marrons ce qu’ils pensent des noirs, ils vous répondent, limite le couteau à la main, qu’ils ne peuvent pas les encadrer ! (C’est très notable à Marseille : venez voir du côté du quartier de Noailles et dans les cités !)

La discrimination est sous-jacente à la vie en collectivité et rien ne peut changer ça : on ne peut pas plaire à tout le monde et tout le monde ne peut pas nous plaire ; on ne peut pas comprendre tout le monde et on ne peut pas être compris de tout le monde ; on ne peut pas adhérer à la culture ou aux idées de tout le monde et vis vers ça ; on ne peut pas parler de tout avec tout le monde, on ne peut pas tout vivre avec tout le monde… C’est peut-être frustrant pour nos intelligences mais c’est une réalité ! De fait, nous sommes tous discriminants ! Par exemple, moi, je suis discriminant à l'égard des idiots et des assistés, partant du postulat qu'un idiot est pour moi une personne incapable d'avoir un minimum de réflexion et qu'un assisté est une personne qui se laisse vivre sur le dos des autres. Oui, je suis discriminant, comme tout le monde. Alors arrêtons de débattre sur de faux sujets. Ne mélangeons plus individus (sujets) et société (objets).

La société, dans ses institutions et ses lois, est la seule entité qui n’a pas le droit d’être discriminante puisqu’elle est, par définition, l’entité mécanique supposée nous permettre de vivre tous ensemble, dans une paix relative. Notons que les sphères dites professionnelles ou commerciales sont du domaine de la société. Aussi il est de bon ton de continuer à lutter pour que les politiques produisent des lois garantissant la non discrimination au sein de la société POUR TOUS, et que les juristes veillent vraiment à les faire respecter.

Concernant les individus, je pense que chacun a le droit d’être discriminant à l’encontre des autres, selon ses propres critères mais uniquement dans la sphère de sa vie personnelle. Les individus doivent apprendre plus que jamais à faire la part des choses entre personnel et professionnel. Et si certains ne sont pas capables de prendre sur eux quand ils sont dans le domaine professionnel, qu’ils laissent les places de salariés à ceux qui le sont, et qu’ils bossent en « freelance » (indépendant) : ils pourront alors choisir de travailler ou non avec Monsieur X ou Madame Y. Par contre, je ne leur conseille pas d'ouvrir une entreprise : ils rentreraient de façon franche dans la vie de la société en étant un organe de son développement, et auraient de fait, des responsabilités morales vis à vis d'elle : être chef d'entreprise, ce n'est pas compatible avec la discrimination. Enfin...en théorie mais viendra bien le jour où ça le sera en pratique (il faut y croire !Lol).

 Précision personnelle : Pour moi, être discriminant et être intolérant, ce sont deux choses différentes. La nuance ? C’est le respect que l’on accorde ou non à la personne discriminée. Quand il n’y a plus de respect, il y a intolérance. Mais ça c’est un autre sujet…

12/11/2005

Intégration sociale et lois : violation de vie privée.

J'ai décidé de faire mon parcours de transsexualisme peu avant d'intégrer mon emploi actuel : les choses se sont posées comme ça malgré moi, et le résultat est mitigé. J'ai signé un contrat de travail à mon état civil de naissance (féminin donc) alors que je m'affirmais déjà comme MONSIEUR Angelyto dans ma vie sociale, et notamment auprès de mes amis. Très vite j'ai ressenti le besoin de fait mon "coming-out" au travail : vu que j'étais avec des collègues récents, je me suis dit que ça me permettrait d'anticiper un peu et d'éviter d'étaler ma vie privée par la suite à des nouveaux venus ou à des partenaires professionnels extérieurs. Mais il n'y a aucune jurisprudence dans la collectivité qui m'emploie, et outre le fait que je n'ai pas trouvé d'interlocuteur administratif ou juridique valable, j'avais une hiérarchie de très mauvaise volonté qui m'a interdit de me faire appeler par un autre prénom que celui de mon état de naissance, ce pendant 1 an et demi. C'est au cours d'un changement de hiérarchie que j'ai eu la chance de pouvoir accéder à ma requête d'appellation, grâce à une dame provisoirement devenue ma chef de service qui étais beaucoup plus tolérante et compréhensive, et qui m'a donné une autorisation tacite mais inconditionnelle. Malheureusement, ça n'empêcha pas que je dus l'annoncer et m'expliquer auprès de mes partenaires professionnels (étaler ma vie privée en somme) et je m'en serais bien passé. Ce sentiment, c'est bien celui qui me marque le plus par rapport à cette histoire d'état civil et de papiers d'identité : le sentiment de ne pas avoir le droit à une vie privée, de devoir constamment dévoiler quelque chose qui n'appartient qu'à moi. Et c'est trop souvent le cas, car l'identité administrative est une réalité transversale aux domaines de la vie quotidienne. Bien sûr, je trouve toujours des stratagèmes pour m'éviter les situations pénibles, mais c'est terriblement pesant. Aujourd'hui, je pourrais faire mon changement d'état civil, mais il faut encore que je trouve les financements : on n'est pas des vaches à lait, là aussi ! :<
Je veux bien comprendre les préoccupations du corps juridique et civile quant à nous accorder le changement d'état civil : il y a quand même des réalités du système qui sont justifiées. Mais entre le moment où l'on commence le parcours psy avec le "real life test" (en gros l'obligation des "coming-out"), et celui où l'on accède à l'opération chirurgicale considérée comme "castration" par la justice française et nous donnant le droit au changement d'état civil, il s'en passe du temps : un an pour les plus chanceux, trois voir quatre pour les moins chanceux. C'est absurde dans la vie d'un(e) transsexuel(le) : on passe tout le temps de la transition dans un paradoxe d'identités qui est éprouvant et participe directement, malgré nous, à la violation de notre vie privée et la non garantie de notre intégrité morale.

Je pense qu'avec un peu de bonne volonté, une solution qui satisfasse tous les acteurs en cause, peut-être trouvée : une possibilité de papiers temporaires (une carte d'identité à durée de validité de 2 ans par exemple), obtenus sur attestation d'un suivi psy d'un an et preuve du démarrage d'une hormonothérapie. Serait mentionné sur la carte d'identité le nouveau prénom du patient à la place de l'ancien, et resterait intact le sigle du sexe. C'est ce qu'on appelle juridiquement "le changement de prénom par intérêt légitime" me direz-vous. Sauf que pour ça aussi, il faut payer des frais d'avocat tortueux, ce qui ne change pas le fait de devoir repayer pour le changement d'état civil final ! Côté administratif, ça représenterait trois fois rien à mettre en place : il suffirait pour les pouvoirs publics de produire et d'inclure un formulaire spécifique au dossier de demande de carte d'identité, et qui permettrait un traitement adapté du dossier. Derrière ils informent le personnel des bureaux d'état civil et autres acteurs concernés (par note de service par exemple ou Intranet) : et le tour est joué, le protocole est en place et tout le monde sait comment le gérer. Pour les papiers de Sécu, on pourrait nous attribuer des cartes avec temporairement un 3 en premier chiffre et le nouveau prénom du patient à la place de l'ancien : une demande devrait être faite pareillement par le patient avec les mêmes attestations auprès de son bureau de sécurité sociale. Ce sont des idées lancées en l'air. J'en ai plein d'autres, si seulement elles pouvaient donner une issue consensuelle à ce problème… C'est vrai que certaines équipes dites "officielles" prennent déjà en considération cette problématique de l'état civil mais elles sont rares, et ça ne change rien au problème pour ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas aller dans les équipes. L'idée c'est de bâtir un protocole d'accord qui garantisse le respect des choix du patient en terme de prise en charge médicale, et non pas qui soit un argument de plus pour "ghettoïser" la prise en charge en "équipes officielles" qui doit rester une possibilité parmi tant d'autres.

Parfois, je me dis que je devrais faire de la politique ! Mdr